The Novel KeepersThe Mech Touch

Chapitre 20 - Blindage

Chapitre n° 20 - Blindage



Traducteur/Checker : SP76

Ves avait longtemps attendu avant d'obtenir une licence de production de blindage. Ceux de bonne qualité coûtaient au moins autant qu'une licence pour un Mécha avancé, mais même les armures bon marché pouvaient coûter un bras. Demander 100 millions de crédits brillants pour obtenir une licence de blindage décent était considéré comme raisonnable.

Bien sûr, si Ves était vraiment désespéré, il pouvait obtenir une licence pour un blindage obsolète, ou bien quelque chose de si vieux que ses propriétaires ne prenaient même pas la peine d'exiger une licence pour son utilisation.

Cette dernière possibilité était utile si Ves fabriquait un Mécha civil, comme une machine conçue pour soulever des conteneurs dans des entrepôts ou semer des récoltes dans une ferme. Il n'était pas question pour lui d'intégrer une armure aussi pourrie dans un Mécha de combat. Tout pilote qui choisissait d'amener un Mécha aussi mal blindé sur le champ de bataille demandait à être abattu d'un seul tir.

Au cours des 400 années depuis le début du cycle de développement des Méchas, les composants qui accompagnaient leur conception avaient également évolué. Les lasers étaient devenus plus efficaces, ce qui leur permettait d'infliger plus de dégâts avec moins de chaleur. Les armes balistiques avaient été dotées de nouvelles améliorations de propulsion et d'explosifs. Les cellules énergétiques fournissaient plus d'énergie au Mécha grâce à l'utilisation de carburants hautement énergétiques et de batteries avancées.

Face à l'évolution des armes, l'armure d'un Mécha devait suivre le même rythme. À certains moments de l'histoire des Méchas, la puissance de feu l'emportait sur le blindage. Il s'agissait de temps troublés, où les guerres provoquaient d'immenses pertes pour tous les groupes impliqués. À d'autres époques, lorsque le blindage résistait facilement aux armes stagnantes, les conflits s'éternisaient souvent dans des guerres d'usure épuisantes, drainant bien plus de ressources que prévu.

Ce n'est que lorsque le niveau de puissance de feu correspondait au niveau de blindage que les batailles de Méchas pouvaient rester courtes et limitées. Il y avait bien plus de guerres, mais elles se terminaient tout aussi rapidement.

« J'espère que la loterie me rapportera quelque chose de moyen. »

Ves n'avait aucune envie de “gagner” une autre bonne licence. Le Auguste César était déjà assez mauvais. Il n'avait pas envie d'ajouter à ses dépenses un blindage luxueux dont la fabrication nécessitait des machines spéciales.

Lorsque la roue apparut, Ves poussa un soupir de soulagement. « Au moins, ce n'est pas encore cette putain de pagode. »

La seule chose dont Ves devait se préoccuper était d'obtenir une licence d'armure terriblement bon marché. Le Auguste César exigeait un certain blindage pour fonctionner. Tout ce qui était plus vieux que la Dernière Génération était inutile sur le champ de bataille. Même certains alliages plus récents risquaient de ne pas fonctionner s'ils visaient les groupes de niche du marché.

« Souhaite-moi bonne chance, Lucky. »

Son chat miaula d'un air désintéressé, ne daignant même pas jeter un coup d'œil à la roue holographique. Malgré son nom, Lucky n'avait pas beaucoup portré chance à Ves. Mais il était présent, et Ves se contenta d'ébouriffer la tête de son chat et de faire tourner la roue.

Des claquements résonnèrent dans l'atelier tandis que les goupilles de la roue s'entrechoquaient contre l'aiguille. Différents blindages défilèrent trop rapidement pour que Ves puisse en reconnaître le nom.

Au bout d'une trentaine de secondes, la roue ralentit. Ves pouvait maintenant lire les étiquettes, mais il ne parvenait pas à reconnaître les marques. « Trop de produits sont lancés chaque année. Les noms n'ont pas vraiment d'importance. Seules leurs capacités m'intéressent. »

La roue traîna les talons pendant quelques secondes avant de s'arrêter. Le pointeur se posa sur un morceau de plaque grisâtre.

[Félicitations ! Vous avez reçu une licence de production de 10 ans pour le composant d'armure suivant : Marlin Solutions 1004-HRF 5ème génération]

« Ouais, c’est vraiment bon marché. »

Mais pour Ves, ça pouvait être bien pire. Alors qu'il étudiait les spécifications de l'armure et cherchait plus d'informations sur le réseau, il réalisa que sa malchance avait encore frappé. Au moins, il pouvait le produire. Le 1004-HRF était en fait un blindage standard. Il était également populaire, puisque Marlin avait choisi de renouveler sa formule sur cinq générations. Préféré des fabricants de Méchas de petite et moyenne taille, le HRF nécessitait un processus de fabrication compliqué pour produire un blindage de qualité décente.

Une qualité décente pour les Méchas moyens de seconde ligne, comme ceux des forces de l'ordre ou des régiments de gardes planétaires. La cinquième génération du HRF était heureusement considérée comme un blindage de la génération actuelle, si bien que ses caractéristiques de bases n'étaient pas inférieures aux Méchas que sa cousine Melinda pilotait au sein de la Garde Planétaire de Bentheim.

Le HRF n’avait pas de points forts. Il n'avait pas non plus de faiblesses flagrantes. Son principal avantage était son prix. Sa formule n'utilisait pas de matières premières exotiques, mais demandait une grande quantité de minéraux et de métaux. Le sigle HR dans son nom signifiait “hautement raffiné”, ce qui signifiait qu'il fallait beaucoup d'énergie pour extraire les parties utiles de tous les matériaux et les combiner en une seule plaque. La production de l'armure générait donc beaucoup de déchets.

Le communicateur de Ves émit un nouveau message. Comme pour le Auguste César, l'une des sociétés écrans du système lui avait envoyé la licence de production du HRF par mail. Après avoir passé au peigne fin l'accord de licence, et n'avoir rien trouvé d'anormal, il la signé et la renvoyé au faux institut. Le système s'occuperait du reste de la paperasse, comme l'enregistrement de la licence auprès de Marlin Solutions et de la branche locale de l’Association de Commerce de Mécha.

Il déballa ensuite sa boîte virtuelle de matières premières. Un énorme ensemble de conteneurs se déversa dans la zone de stockage de Ves, la remplissant pratiquement à moitié. En les ouvrant pour jeter un coup d'œil à l'intérieur, il découvrit des boîtes bien rangées remplies de lingots, de minéraux et de poudres.

« Bon sang. 200 tonnes devraient suffire pour deux Méchas, si j'avais une autre licence. Mais la HRF gaspille tellement de matériaux que je ne suis même pas sûr de pouvoir produire assez de plaques pour deux Méchas. »

Si Ves achetait les 200 tonnes sur le marché, il devrait débourser près de vingt millions de crédits brillants. Les transformer en plaques finies consommait beaucoup d'énergie et de temps, si bien que Ves devrait également payer des dizaines de milliers de crédits sur sa prochaine facture d'électricité.

C'est aussi pour cette raison qu'il appréciait les récompenses du Système pour cette mission. Les matériaux qui lui avaient été donnés lui épargnait bien des soucis. Pour la plupart des Méchas, c’était le blindage qui coûtait le plus cher, en raison des besoins excessifs en matières premières. D'autres composants, comme le réacteur de puissance et les moteurs, exigeaient une grande précision dans leur fabrication, mais demandaient beaucoup moins de matériaux. Leur principale valeur résidait dans leur architecture sophistiquée, qui relevait de la propriété intellectuelle déjà couverte par la licence.

Ves avait vérifia le prix d'une licence de production de 10 ans de Auguste César peu de temps après l'avoir obtenue. Ces prix n'étant pas rendus publics, alors il dû se rendre sur quelques sites de fans de Méchas pour trouver quelques estimations. Le prix de la licence était censé varier entre 500 millions et 2 milliards de crédits brillants.

« Jason a rempli son Mécha de marchandises provenant de différentes entreprises. Il n'est pas étonnant qu'elles veuillent toutes une part du gâteau lorsqu'il vend sous licence son Mécha. »

C'est ainsi que tournait le monde. Ves avait eu beaucoup de chance d'obtenir ces licences par le biais du système. S'il avait dû recourir à d'autres moyens, il aurait peut-être été contraint de renoncer à son indépendance. Par exemple, un fabricant concurrent pourrait lui “prêter” ses licences restantes si Ves vendait une part majoritaire des actions de sa société.

N'importe quel autre créateur s'estimerait heureux si quelqu'un décidait d'investir dans sa start-up. Pour quelqu'un qui possédait le Système comme Ves, ce serait étancher sa soif en buvant du poison. Il refusait d'être enchaîné par qui que ce soit.

À environ quatre semaines de l'Exposition des Jeunes Tigres, Ves voulait mettre au point un modèle viable qu'il pourrait montrer aux élites présentes à l'événement. La fabrication et la vente d'un modèle basé sur le Auguste César étaient encore trop difficiles à réaliser pour Ves dans le peu de temps qu'il lui restait avant de devoir payer ses intérêts.

Même si le modèle de base pouvait encore rivaliser avec les modèles de la génération actuelle, le Auguste César n'avait qu'un cercle très restreint de clients.

Il n'était pas viable de produire d'abord le Mécha puis de publier quelques annonces sur le web pour le vendre plus tard. Il lui faudrait des années pour qu'un pilote aléatoire cherchant à acheter un Mécha d'élite bon marché tombe sur son travail. D'ici là, il aurait déjà fait faillite.

« Non. Il vaut mieux d'abord chercher un client. Je ne dois pas perdre de temps à tenter quelque chose qui aura peu de chances de fonctionner. Je ne veux pas faire un travail inutile en fabriquant un Mécha dont la vente ne me rapportera rien. J'espère qu’il y aura beaucoup de mondes, pour l’exposition de cette année. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Il faut que je me mette au travail avec un nouveau modèle. »

Ves chargea le modéliseur exclusif de Système et examina les modèles dont il disposait. Il envisageait de reprendre le Néron Redividus, ce qui lui ferait gagner beaucoup de temps, ou de repartir du modèle de base. Les deux choix avaient leurs avantages et leurs inconvénients.

« Même si je manque de temps, quatre semaines devraient suffire. Le plus important, c'est que je commence à concevoir un variant en pensant dès le départ au Facteur X. Si je continue à travailler sur le Néron, je ne peux pas me permettre de perdre du temps. Je ne ferai que l'embrouiller davantage en y mêlant des émotions et des intentions différentes. »

Il était certainement capable de concevoir un Mécha décent, mais pas un avec un Facteur X puissant.

« Le Facteur X n'a pas beaucoup d'importance si je conçois un modèle de production de masse. Mais si je veux vendre un modèle basé sur le Auguste César, je dois l'adapter à une élite qui chérit son Mécha comme un partenaire. Je ne peux absolument pas faire preuve de concessions là-dessus. »

Le modèle de base étant chargé, Ves n'était pas pressé de le modifier. Selon sa propre théorie sur l'actualisation du Facteur X, les intentions du créateur, du Mécha et du pilote devaient s'aligner. Cela semblait simple, mais Ves ne créait pas un nouveau Mécha. Au lieu de cela, il adaptait le travail existant d'un autre concepteur.

« Que se passe-t-il si un Mécha est créé par plusieurs créateurs, pour le Facteur X ? »

Le Néron Redividus avait montré que le facteur X n'avait pas disparu du modèle de base, contrairement à la première édition du Néron. Cela signifiait que si les intentions et les émotions des deux créateurs se chevauchaient, le Facteur X était préservé.

C’était sa théorie. Mais que se passe-t-il s'il en cas de conflits de volonté ? Supposons qu’un premier créateur mette au point un Mécha axé sur la défense. Un second créateur arrive et crée un variant du modèle qui met l'accent sur l'attaque. Les intentions opposées se neutraliseraient-elles ou les intentions du seconde créateur écraseraient-elles l'empreinte originale du premier ? La vérité pouvait être un mélange des deux, où l'intention du créateur 2 deviendrait prédominante mais sous une forme diluée.

« Je n'ai pas assez de temps pour expérimenter là-dessus. »

Ves choisissait de garder une intention simple, n’entrant pas en conflit avec le modèle de base. « Je veux un Mécha qui conserve sa domination. Bien qu'il soit trop vieux pour devenir un pilier sur un champ de bataille moderne, il peut encore régner sur les Méchas civils et les mercenaires. »

Un cheval de guerre. Un Mécha agressif qui devait donner le meilleur de lui-même lorsque le pilote avait besoin de montrer ses prouesses. Il n'avait pas besoin de rester dans des combats prolongés et d'essayer de survivre à l'ennemi. Il préférait se frayer un chemin et écraser tous les obstacles qui se dressaient sur sa route.

Il avait déjà un nom en tête pour sa nouvelle variante. Le Marc-Antoine. Voyou et bâtard, il avait néanmoins été un audacieux commandant de cavalerie sous les ordres d'un certain Jules César. Plus tard, il devint le rival de celui qui fut finalement appelé César Auguste, et mourut parce qu'il n'était pas aussi compétent.

« Ça craint d'être toi, mais merci d'avoir fourni une histoire digne de votre nom. »

L'histoire de Marc-Antoine correspondait à la façon dont Ves imaginait son Mécha, à la fois dans son rôle et dans sa relation avec le modèle de base. Le Marc-Antoine serait une version moins chère et moins blindée du Auguste César. Il devrait conserver, voire développer, l'arrogance agressive de son modèle de base afin d'empêcher ses adversaires d'exploiter ses faiblesses.

Maintenant que Ves sétait fait une idée précise de l'objectif de son futur modèle, il pouvait enfin commencer à travailler pour de vrai.

« Commençons par le blindage. C'est de loin le plus gros travail, et je dois remplacer intégralement l'armure du modèle original. Cela va prendre du temps. »