The Novel KeepersThe Mech Touch

Chapitre 10 - Éléphant blanc

Chapitre n° 10 – Éléphant blanc



Traducteur/Checker : SP76

Ves poursuivit sa routine de vente pendant une semaine. Il se rendait dans des villes différentes chaque jour afin de maximiser sa visibilité. Lucky l'accompagnait toujours et, grâce à son charme, il avait réussi à attirer suffisamment l'attention sur ses produits pour vendre une centaine de Méchas avec moins de deux semaines d'avance.

Il avait également accumulé 263 Points de Création, mais ne les a pas encore dépensés. Il pensait qu'il serait préférable qu'il reçoive d'abord sa prochaine mission.

[Félicitations pour avoir terminé le Tutoriel : Partie 3]

[Vous avez reçu un ticket de loterie pour une licence de production de Méchas de combat de 10 ans. Veuillez consulter la page de la loterie pour échanger ce ticket.]

[Pour avoir terminé la mission dans les temps, vous avez reçu un ticket de loterie bonus]

Le Système adorait les loteries, ce qui donnait un mauvais pressentiment à Ves. Jusqu'à présent, il n'avait pas eu beaucoup de chance.

« Hé, Système, tu n'aurais pas dû m'envoyer une autre mission depuis le temps ? »

[Ne devenez pas dépendant des missions. Le Système de Créateur Mécha ne propose des missions que pour guider ses utilisateurs sur le bon chemin. Seuls les bébés ont besoin d'être constamment tenus par la main. Êtes-vous un bébé ?]

Ves cracha presque du sang. « Qui est le bébé ? C’est toi le bébé ! »

En fait, Ves se sentait plutôt mal après avoir entendu ces mots. Il s'était habitué aux conseils du Système. Maintenant qu'il n'avait plus de mission claire à accomplir, Ves se sentait comme à la dérive.

« Non, c’est faux. Je dois encore me préparer pour l'EJT (Exposition des Jeunes Tigres) qui commence dans un mois et demi. Je dois également progresser dans ma collecte de 5 millions de crédits pour rembourser mes intérêts dans deux mois. »

En d'autres termes, il devait améliorer ses compétences et gagner beaucoup d'argent. Ves pouvait y travailler sans que le système ne génère d’autre tutoriels pour lui dire comment atteindre ces objectifs.

« Dommage que je ne puisse plus obtenir de récompenses en accomplissant des objectifs. D’ailleurs, je dois encore utiliser les récompenses de la dernière mission. »

Se frottant les mains, Ves se tourna vers la page de la loterie. Il ignora l'option permettant de dépenser des PC pour un tirage au sort et choisit plutôt d'utiliser les billets qu'il avait sous la main.

Il activa d'abord son ticket bonus. Comme lors de ses précédents tirages, il ne lui permettait de gagner qu'un prix parmi les plus bas. Le billet de mauvaise qualité se brisa en deux, révélant une roue familière. Ves tira vigoureusement sur la roue, ce qui provoqua des bruits de claquement tandis que l'aiguille tournait sur une variété rapide de récompenses.

La roue ralentit au bout de 30 secondes. Le temps semblait ralentir alors que la roue avançait de manière exagérée. Cela permit à Ves de lire les récompenses disponibles autour de l’aiguille.

[Bonbon d'endurance]

[Oreilles d'Alien]

[100 000 crédits brillants]

[Lanterne d'Imperfection]

[Hantise d'un jour]

L’aiguille passa sur le bonbon d'endurance, balaya les oreilles étranges et faillit atterrir sur la somme de crédits. Ves n’était jamais contr eplus d’argent.

[Vous avez reçu une Lanterne d'Imperfection.]

Le Système avait contrecarré les souhaits de Ves une fois de plus. Au lieu de recevoir quelque chose qu'il pourrait utiliser désespérément, il avait reçut un vieil appareil en bronze qui avait manifestement connu des jours meilleurs.

[Lanterne d'Imperfection]

[Allumez la lanterne et faites-la briller contre un Mécha ou un composant pour révéler les défauts de structure. Les défauts révélés ne sont visibles que par le porteur de la lanterne. La lampe contient assez d'huile pour brûler pendant cinq heures.]

« ...Ça pourrait être utile. » remarqua Ves, un peu impressionné par la générosité de la loterie.

Il existait des machines capables d'analyser et de révéler des défauts, mais seuls les chercheurs et les fabricants de pointe pouvaient se les offrir. L'assistance d'un tel appareil permettait d'éviter que des matériaux défectueux ne soient incorporés dans un Mécha. Pour certaines pièces, il était beaucoup plus difficile de les remplacer une fois qu'un assembleur les avait combinées à d'autres pièces et les avait placées dans un Mécha.

Dommage que la lanterne ne dure que cinq heures. Ves n'avait aucune idée de l'endroit où il pourrait acheter l'huile pour cette lanterne. Le Système, toujours aussi obstiné, restait silencieux face aux questions de Ves.

« Maintenant, le clou du spectacle. » Ves sourit en regardant le billet d'or brillant qui s'était matérialisé devant lui. D'une traction satisfaisante, il déchira le billet en deux.

Des cloches festives retentirent tandis qu'une pagode transparente de taille humaine descendait du toit. La pagode était composée de neuf étages, et chaque étage tournait dans un sens différent. Le premier étage tournait vers la gauche, le deuxième vers la droite, le troisième vers la gauche et ainsi de suite. Tout cela donnait à Ves une impression de grandeur, comme si Bouddha en personne était descendu pour lui donner une récompense.

Ce spectacle fit naître de l’espoir chez Ves. Si l'introduction était aussi pompeuse, c’était impossible qu’il reçoive quelque chose de bas de gamme.

[Approchez la pagode pour déterminer le niveau de votre récompense]

C'était différent. Perplexe, Ves fit un pas en avant, puis un autre quand rien de spécial ne se produisit. Il n'arrivait pas à se rapprocher de la pagode, quel que soit le nombre de pas qu'il faisait.

Une pression immatérielle s'abattit sur son corps. Ni la gravité, ni la pression de l'air ne changeaient. Tout le reste demeurait inchangé. Seule la pagode elle-même s'élevait dans les airs, obscurcissant l'atelier de la vue de Ves.

Ves marmonna alors que toute son excitation disparaissait de son expression.

Son communicateur s'alluma alors que Ves recevait un nouveau message. Il tapota le message. Il était accompagné d'un tas de conneries juridiques provenant de la soi-disant “Future Sons IT”. Ves parcourut les longs textes. Il sentit sa vision s'obscurcir sous la pression qui menaçait de lui faire éclater la tête. Néanmoins, il serra les dents d’avancer, un pas après l’autre. Alors qu’il était sur le point de s'évanouir, la pression disparut.

Il s'écroula au sol, la respiration sifflante, comme s'il avait couru un marathon. Cet événement étrange l'avait gravement affecté. Il ne savait pas exactement ce que représentait cette pression, mais il espérait s'en sortir.

[Évaluation terminée. Vous pouvez recevoir une récompense du 5e niveau.]

La pagode se transforma en réponse au jugement. Les quatre étages supérieurs et inférieurs ralentirent leurs rotations, puis s'immobilisèrent. Seul le 5e étage de la pagode continuait de tourner.

« Je ne sais pas exactement ce que la pagode m'a fait, mais ça devrait être bon. » conclut Ves d'un ton fallacieux. Il ne comprenait vraiment pas pourquoi le Système avait besoin de recourir à un tel mysticisme pour lui accorder une simple licence de production. « Il faut vraiment que je fasse mieux la prochaine fois. Je ne peux pas me résigner à rester dans la moyenne. »

Maintenant que le test était terminé, Ves s'approcha facilement à côté de la pagode. Le 5e étage continuait de tourner, soulevant un petit courant d'air qui souffla le visage de Ves. Même Lucky avait sauté du canapé pour inspecter l'étrange structure flottante. Son visage semblait se demander ce qui pouvait bien la faire tourner.

Une petite cloche de la taille d'une main apparut dans les airs. C'était l'une de ces cloches que l'on trouvait dans les temples de l'Ancienne Terre. Une petite corde pendait du battant qui permettait à la cloche de sonner.

[Tirez sur la corde quand vous êtes prêts.]

Ves tint l'extrémité de la corde et tira fermement. La cloche émit un délicat tintement, faisant briller le 5e étage de la pagode alors même que sa rotation perdait en vitesse.

Comme une roue de loterie ordinaire, les nombreux côtés de la pagode présentaient différents prix. Ves reconnut même certains de leurs profils et détermina qu'il s'agissait principalement de modèles Dernière Génération. Cela signifiait que les Méchas avaient été commercialisés pour la première fois entre les 30 à 70 dernières années, ce qui était une bonne fourchette.

Tous les modèles de Méchas antérieurs étaient considérés comme obsolètes. Leurs performances ne pouvaient tout simplement pas rivaliser avec celles des modèles actuels, même en tant qu’aide. Le prix de ces Méchas correspondait souvent au coût des matières premières et de la production, ce qui signifiait que Ves ne pourrait jamais faire de bénéfices, même s'il fabriquait le Mécha à la main dans sa propre boutique.

D'un autre côté, les modèles plus récents posaient également quelques problèmes à Ves. Plus le modèle de était récent, plus la licence était stricte. Seuls les concepteurs de Méchas dignes de confiance et les grandes entreprises avaient l'autorisation de les acheter. En outre, les nouveaux modèles intégraient des technologies plus avancées dont la fabrication nécessitait des machines spéciales.

Son imprimante 3D n'était qu'un produit courant de la marque Currentgen, sans caractéristiques particulières. Elle était capable d'imprimer presque tous les composants spécialisés Dernière Génération, mais s'il s'agissait de technologie fantaisiste de la génération actuelle, il lui faudrait acquérir des lignes de production valant des millions, voire des milliards de crédits.

La pagode s'arrêta enfin de tourner sur elle-même. L'estomac de Ves se serra lorsqu'il reconnut le Mécha blanc de taille moyenne.

[Félicitations ! Vous avez reçu une licence de production de 10 ans pour le Mécha suivant : National Aeromotives Auguste César AC-1]

« ...Merde. »

[...Nous vous accordons par la présente une licence de production illimitée du Auguste César AC-1, valable pour une durée de 10 ans à compter de la signature du contrat.]

Quelles que soient les réticences de Ves à l'égard du AC-1, il était coincé avec lui. Il signa rapidement tous les contrats afin de ne plus avoir à s'occuper de la paperasse. Quelques minutes plus tard, il reçut un autre message indiquant que le bureau local avait approuvé le contrat. Ves possédait désormais une licence légale pour produire le Auguste César.

« Putain de putain de merde. » Ves avait envie de pleurer, mais n'avait plus de larmes.

Le Auguste César avait une sacrée histoire. Ves la connaissait bien, car elle lui avait servi de leçon à l'université sur ce qu'il ne fallait pas faire.

L'histoire commença il y a 50 ans, lorsque National Aeromotives, un fabricant renommé d'avions et de vaisseaux de fret, décida d'entrer sur le marché des véhicules militaires. L'entreprise avait alors adopté une double approche.

La première consistait à prendre sous licence quelques modèles courants, à ré-outiller quelques usines et à produire des quantités de Méchas de qualité médiocre mais bon marché. La quantité de Méchas qu'ils fabriquaient leur avait permis de comprendre rapidement les subtilités de la production de Méchas, et leur qualité s'améliorait à chaque nouvelle production.

La deuxième méthode consistait à permettre à Jason Kozlowski, le fils du PCG de NA, d'apprendre à concevoir des Méchas. Il avait directement suivi l'un des premiers programmes de conception de Méchas d'Estelon. Il était important de mentionner que Jason a été un enfant gâté. Comme on pouvait l'imaginer, Jason passait le plus clair de son temps sur Estelon à participer à des fêtes et à se saouler comme un fou. Seuls ses gènes supérieurs lui avaient permis d'être suffisamment performant en classe pour obtenir son diplôme.

Une fois rentré chez lui, Jason fit une annonce fracassante à la presse galactique. Il prétendait qu'il ne lui faudrait qu'un mois pour concevoir un Mécha entièrement original qui surpasserait tous les Méchas de la génération actuelle.

De nombreux initiés de l'industrie s’étaient moqués d'une telle vantardise. En effet, de nombreux créateurs fraîchement diplômés n'étaient même pas capables de concevoir un modèle capable de surpasser un Mécha de la dernière génération. Il fallait des années d'expérience, d'apprentissage, ainsi que de nombreuses compétences pour être en mesure de produire un tel Mécha.

Quoi qu'il en soit, le public s’était accroché aux moindres paroles de Jason. Un visage aussi séduisant ne reviendrait pas sur sa promesse, pas vrai ? Après l'annonce, deux hommes en costume noir avaient rapidement emmené le fils prodigue loin de la conférence de presse et on ne l'a plus revu pendant un mois. Certains théoriciens avaient supposé que National Aeromotives voulait que le public oublie la promesse de Jason. Ils eurent une surprise inattendue lorsque Jason se présenta à la presse, 1 mois jour pour jour plus tard.

Un jeune homme légèrement décoiffé mais séduisant commença alors à présenter son effort d'un mois. Il l'avait baptisé du nom du premier empereur romain de l'Antiquité, car il était capable de surpasser la plupart des Méchas de la génération actuelle. Sa posture majestueuse et sa tête majestueuse montraient que Jason avait passé beaucoup de temps à adapter l'esthétique du Mécha à sa superbe puissance offensive.

Le Auguste César offrait une une défense et une attaque suprêmes dans la catégorie des véhicules de poids moyen. Le composant de loin le plus coûteux était le blindage exclusif de National Aeromotives, conçu à l'origine pour protéger sa gamme la plus luxueuse de navettes spatiales contre les impacts directs de microastéroïdes. Bien que coûteux et difficile à produire, le blindage offrait une protection supérieure qui s'approchait des normes de la Nouvelle Génération de l'époque.

Le AC-1 offrait également diverses options offensives. Ses armes principales étaient ses deux canons laser montés au poignet. Des missiles montés sur ses épaules offraient des options de tir indirect à longue portée, tandis qu'une épée et un bouclier classiques construits dans les mêmes excellents matériaux que l'armure faisaient du Mécha un monstre au corps à corps.

Pendant que Jason montrait un modèle holographique du Mécha peint en blanc et ses capacités, certes impressionnantes, les experts passaient au peigne fin ses caractéristiques. Rapidement, ils ne pouvaient plus se retenir de rire.

Sous son apparence parfaite, le Auguste César cachait une tonne de problèmes. Jason avait truffé le AC-1 de tant de gadgets que l'intégrité du châssis en était affectée. Tout dégâts qui passait le blindage pouvait facilement endommager cinq sous-systèmes essentiels, paralysant le Mécha ou l'éloignant au moins du champ de bataille. Pour gagner de la place, beaucoup de ces sous-systèmes s'enchevêtraient, ce qui rendait le remplacement d'une seule ligne d'alimentation défectueuse très difficile pour un technicien.

Le Mécha manquait également d'endurance. Il atteignait son apogée très tôt, mais ne tenait pas en place. Sa capacité en missiles pouvait être vidée en quelques secondes. Ses canons laser montés sur le poignet produisaient une quantité alarmante de chaleur que Jason n'avait pratiquement pas réussi à atténuer. Et même s'il l'avait fait, la capacité énergétique moyenne du Mécha ne lui permettait pas d'alimenter les armes suffisamment longtemps.

Heureusement, Jason n'avait pas eu la prétention d'ajouter un système de vol à ce Mécha déjà surdimensionné. Si ça avait été le cas, son énergie se serait épuisé encore plus rapidement !

Tout cela signifiait que Ves était maintenant coincé avec l'un des plus grands flops commerciaux de NA de la Dernière Génération. Le AC-1 était un éléphant blanc, difficile à produire, et nécessitant une surveillance constante. L'aspect le plus gênant de sa production était que son blindage spécial nécessitait une machine dédiée. L'imprimante 3D de Ves n'était pas assez avancée pour le produire elle-même.

Il était impossible pour Ves de produire le modèle de base du César Auguste en deux mois. Il n'avait ni le temps, ni l'argent, ni les compétences, ni l'équipement nécessaires pour réaliser une telle production. Et même s'il parvenait à bricoler un modèle, la question se posait de savoir s'il arrivait à le vendre. Cependant, le système ne lui avait accordé qu'une seule licence de production et, pour le meilleur ou pour le pire, Ves était coincé avec cet éléphant.

« Ce n'est pas comme si j'étais coincé avec le modèle de base. J'ai toujours le Système. »

Si Ves pouvait utiliser le système pour redessiner le AC-1, il pourrait peut-être créer une version moins exigeante du premier chef-d'œuvre de Jason. Il n’était pas prêt à abandonner. Un plan provisoire se dessinait déjà dans son esprit.