Chapitre 13: Tentative



C’était au plus profond de la nuit, et tout était silencieux.

Lumian s’agita de nouveau dans son rêve. La première chose qu’il aperçut fut une faible brume grise.

Sous l’effet de l’impulsion, il glissa la main dans la poche de sa chemise.

La sensation glaciale d’un métal dur et froid s’imposa aussitôt à son esprit.

Il retira l’objet qu’il avait senti. Un éclat d’or illumina ses yeux.

C’était une pièce d’or.

Un louis d’or.

C’est toujours là… Lumian s’assit et baissa les yeux vers lui-même.

Il portait encore la tenue de coton, le pantalon et la veste de cuir de sa dernière expédition. La fourche en acier de près de deux mètres et la hache affutée, noir de fer, reposaient à portée de main.

C’était exactement le même état que lorsqu’il était sorti du rêve.

Autrement dit, ce rêve persiste. Il ne se réinitialise pas à chaque entrée… Lumian fit jouer le louis d’or entre ses doigts et le glissa dans la poche intérieure de sa chemise de coton.

Même s’il ne pouvait pas être ramené dans le vrai monde, c’était tout de même une joie de l’avoir.

Lumian se leva du lit et regarda un moment par la fenêtre, s’assurant que le sommet de montagne rouge dans les ruines n’avait pas changé.

Il saisit sa hache et sa fourche, quitta sa chambre et entra dans le couloir faiblement éclairé.

Les portes de la chambre et du bureau d’Aurore demeuraient entrouvertes.

Lumian les observa brièvement, puis une idée lui vint soudain.

Dans le rêve, ma chambre est pratiquement identique à la réalité. Elle contient tous les éléments attendus. La chambre d’Aurore semble pareille au premier coup d’œil.

Cependant, puis-je y trouver son carnet de sorcellerie, une formule secrète de potion, ou apprendre comment devenir un Sorcier de l’Esprit dans ses quartiers ?

Cette pensée ressemblait à un chuchotement du diable, faisant battre le cœur de Lumian à toute allure. Il fut tenté d’essayer.

Comparé à l’exploration des ruines inconnues, dangereuses et énigmatiques, fouiller la chambre d’Aurore était l’option la plus simple et la plus sûre.

Non, non ! Lumian secoua vigoureusement la tête et rejeta cette idée.

Il préférait tenter sa chance plutôt que de violer l’intimité d’Aurore. Il n’entrerait pas dans sa chambre sans son accord.

C’était par respect pour Aurore.

Sans Aurore, il serait mort enfant dans la rue il y a cinq ans.

Lumian détourna son regard douloureux et se dirigea vers l’escalier.

Si l’occupante de la chambre n’avait pas été Aurore, il y serait déjà entré pour chercher des informations utiles.

Une fois en bas, Lumian ne se hâta pas de partir. Il inspecta plutôt les provisions de la cuisine.

L’huile d’olive, l’huile de maïs et la graisse animale qu’Aurore avait accumulées étaient soigneusement rangées dans des seaux et des bidons, exactement comme dans la réalité.

Presque par instinct, Lumian souleva le seau d’huile de maïs et le posa près du poêle.

La seule raison de ce choix était que la graisse animale et l’huile d’olive coûtaient plus cher.

Puis il alluma avec adresse un feu dans l’âtre avec du charbon et du bois, et fabriqua deux torches à enflammer.

Il se préparait à incinérer ce monstre.

Bien sûr, il vaudrait mieux qu’il y eut d’autres options. Ce n’était qu’un dernier recours.

Après avoir terminé, il reprit sa hache, ouvrit la porte et sortit.

Lumian remarqua alors quelque chose d’inhabituel.

La faible brume grise qui imprégnait le rêve lui parut plus humide qu’auparavant. Le sol sous ses pieds était aussi légèrement boueux.

Il a plu ? Cet endroit persiste et se développe naturellement selon certaines lois quand je suis absent ou en train de rêver ? Lumian fut quelque peu pris de court, mais il pressentit que c’était logique.

Se souvenant des récits étranges d’Aurore, une idée lui vint soudain.

Ça ne peut pas être le monde réel, si ?

Mon rêve est relié au vrai monde. Cette carte de tarot me permet de franchir la barrière entre le rêve et les ruines tout en étant conscient ?

Lumian balaya rapidement les alentours du regard et se rendit compte qu’un brouillard gris sans fin bordait les deux côtés des ruines, à la périphérie du rêve.

Je vérifierai plus tard. Je n’irai pas dans les ruines. Je vais sortir de la brume grise et voir si, après l’avoir traversée, c’est un rêve surréaliste et irrationnel, ou s’il y a une terre tangible, un ciel, des villages et des villes…

Si c’était le premier cas, cela signifiait que cet endroit restait un rêve. Si ce ne l’était pas, Lumian devait confirmer de quel monde il s’agissait.

Il supposa que, d’après l’usage du louis d’or, cet endroit semblait toujours se situer dans la République d’Intis, mais peut-être pas à l’époque actuelle. Cela pouvait être un lieu disparu depuis des décennies ou des siècles.

Cependant, Lumian sentit qu’il y avait de fortes chances qu’il ne puisse pas sortir du brouillard gris qui l’encerclait.

Il rassembla ses idées et se dirigea vers les ruines.

Il n’oublia pas que le but de son entrée dans le rêve était de tenter de se mesurer à ce monstre.

Après avoir parcouru cent à deux cents mètres dans la lande boueuse, semée de gravier et de crevasses, Lumian s’arrêta brusquement.

Il pensa à un problème.

Il avait négligé quelque chose dans ses préparatifs plus tôt !

Auparavant, sa demeure à deux étages n’avait aucune flamme. Elle était plutôt sûre dans ce monde recouvert de brouillard gris. Mais à présent, elle avait un foyer ardent qui émettait de la lumière. Cela attirerait-il une horde de monstres et rendrait-il la zone sûre dangereuse ?

Lumian tourna instinctivement la tête et regarda dans la direction d’où il venait. Il vit qu’une lueur écarlate s’était imprimée sur diverses fenêtres de verre à la base de la structure à deux étages à moitié submergée, dans la faible brume grise.

C’était comme un phare dans ce monde sombre.

Étant donné qu’un temps considérable s’était écoulé, il était manifestement trop tard pour tenter d’éteindre le feu. Lumian accéléra le pas et entra dans les ruines, se réfugiant dans le bâtiment qui s’était effondré à cause d’un incendie.

Il accrocha la hache à l’arrière de sa ceinture et escalada avec agilité un mur, se dissimulant dans un recoin d’ombre séparé par des briques et des poutres.

Lumian fixa sa maison de l’autre côté de la lande.

Le temps passa, et il ne vit aucun monstre attiré par le feu.

On dirait que le feu ne déclenchera aucun changement. Du moins, ma maison ne sera pas assiégée par des monstres… Lumian poussa un soupir de soulagement.

Cela signifiait que, même s’il rencontrait un danger, tant qu’il pouvait fuir chez lui à temps et s’endormir au plus vite, il pouvait y échapper.

Il commença à réfléchir à la manière d’attirer et d’éliminer le monstre précédent.

D’après leur bref affrontement, il avait déduit que sa force, sa vitesse, son temps de réaction et son agilité étaient similaires aux siens, mais il sentait qu’il se battait à l’instinct. Il manquait d’expérience, de technique ou d’intelligence correspondante. C’était pourquoi il avait pu le contrer et le tuer lorsqu’il l’avait pris en embuscade…

Il sera aussi déconcerté et surpris. Il n’est pas si différent des humains…

En dehors des techniques de combat, j’ai deux autres avantages sur lui. D’abord, je possède une intelligence supérieure. Ensuite, je sais manier des armes et utiliser des outils. C’est le plus grand avantage que les humains ont sur ce genre de monstres…

Tant que je suis prudent, le vaincre à nouveau ne sera pas difficile. Le plus crucial, c’est de l’éradiquer complètement…

Alors que Lumian s’apprêtait à provoquer délibérément un peu de bruit pour voir s’il pouvait attirer un monstre, il aperçut une silhouette s’approchant furtivement de la maison totalement en ruines sur le côté.

La silhouette était pourpree et dépourvue de peau. Ses muscles, ses vaisseaux sanguins et ses fascias étaient à nu. C’était le monstre de la dernière fois.

Contrairement à avant, ce monstre brandissait une fourche à fumier.

Une fourche à fumier !

Il sait aussi manier des armes… Les traits de Lumian se figèrent et son expression s’assombrit.

Sans s’en rendre compte, sa confiance diminua un peu.

Alors que le monstre se rapprochait et se tournait, Lumian distingua des blessures exagérées dans son dos, son cou et sa nuque. Cependant, les fissures ne suintaient plus de pus, et il semblait s’être en grande partie rétabli.

C’est bien celui que j’ai rencontré auparavant…

Sa capacité d’auto-guérison est des dizaines de fois supérieure à celle des humains ordinaires…

Lumian inspira sans bruit.

Il se força à se ressaisir et évalua la situation avec rapidité.

En un clin d’œil, Lumian prit une décision.

C’était une occasion en or, et il devait la saisir dès qu’il la rencontrait. Il ne pouvait pas la laisser passer !

Il récupéra silencieusement une brique de pierre à côté de lui et attendit que le monstre arrive à l’endroit voulu.

En quelques enjambées, le monstre entra dans la zone de mise à mort de Lumian.

Lumian lança brusquement la brique de pierre au sol derrière le monstre.

Bam !

La brique de pierre claqua, et le monstre pivota pour inspecter l’assaillant.

En voyant cela, Lumian saisit la hache à deux mains et bondit férocement du mur vers le monstre.

Bang !

La hache s’abattit lourdement sur le cou du monstre, le fendant en deux.

Dans deux bruits sourds, Lumian et le monstre s’écrasèrent au sol en même temps.

Lumian se releva d’un bond, saisit sa hache et se précipita, assénant de lourds coups sur le cou du monstre. Une fois, deux fois, trois fois. Le monstre n’eut même pas le temps de résister avant que sa tête ne fut tranchée.

Alors que la tête roulait sur le côté, le corps sans peau convulsa deux fois et cessa de bouger.

Lumian ne s’arrêta pas là. Il fit un pas en diagonale, pivota sa hache et écrasa la tête vicieuse avec son dos épais, la réduisant en fragments.

Ensuite, il se tourna et taillada les muscles, les vaisseaux sanguins et les fascias exposés, broyant le cœur et d’autres organes vitaux.

Après avoir accompli tout cela, Lumian recula de deux pas et contempla son œuvre. Il haletait et gloussa doucement.

"Je pensais que tu étais vraiment invincible. Qui aurait cru que tu avais si peu de capacité !"

Au milieu de ce rire étouffé, le cadavre décapité se redressa brusquement d’un sursaut.

Les pupilles de Lumian se contractèrent, et il voulut instinctivement pivoter et fuir.

Il réprima de force cette impulsion et avança de nouveau, brandissant sa hache.

Après que le corps eut rebondi deux fois, il retomba dans l’immobilité, comme s’il s’était tordu en vain.

Lumian l’observa encore un moment et finit par vérifier que le monstre était entièrement mort.

Quelle ténacité… soupira Lumian intérieurement. Puis il se pencha et s’accroupit. Il utilisa sa hache pour écarter les muscles et les fascias et examina le cadavre.

La structure corporelle du monstre n’était pas très différente de celle d’un humain, mais ses muscles étaient manifestement plus animés. Même déjà mort, certaines de ses entailles frémissaient encore légèrement.

Il n’y a pas de trésor, et aucun pouvoir surnaturel ne s’est transféré dans mon corps… Lumian évalua son état actuel et se sentit quelque peu désenchanté.

Le dicton selon lequel on devient plus fort à chaque monstre qu’on abat n’existait manifestement que dans les histoires d’Aurore.

Il déplaça ensuite le corps et la tête du monstre dans le bâtiment en ruines et les ensevelit sous des briques et des poutres.

Puis il fouilla la maison incendiée, espérant y découvrir quelque chose.