The Novel KeepersThe Mech Touch

Chapitre 30 - Qualifications

Chapitre n° 30 - Qualifications



Traducteur/Checker : SP76

Bentheim accueillait l’Exposition des Jeunes Tigres dans un vaste stade construit à cet effet. Il occupait un espace gigantesque qui offrait beaucoup d'espace aux touristes et aux passionnés venus assister à l’évènement. Naturellement, les organisateurs faisaient de la compétition de pilotes l'événement principal. La cérémonie d'ouverture et la présentation des pilotes vedettes commençait alors que les qualifications du concours de création se déroulaient dans un bâtiment annexe, plus petit, et beaucoup moins fréquenté.

Avant de faire quoi que ce soit d'autre, Ves vérifia son statut et remarqua qu'il avait finalement accumulé 300 PC. Avec cette somme, il acheta immédiatement [Bricolage II], ce qui lui provoqua un autre petit mal de tête. Cela l'obligea à se préparer pour la journée un peu plus tard qu'il ne le pensait. Alors qu'il se dépêchait de prendre son petit-déjeuner, il devait encore se pencher sur l'étrange façon dont le Système avait ré-arrangé son cerveau.

« Le temps est presque écoulé ! » lança le capitaine Gillian dans la salle à manger. « Rassemblement dans le hall ! »

Cette fois-ci, Ves avait laissé son chat dans sa chambre d'hôtel. Il n'était pas approprié pour lui d'emmener Lucky avec lui. Non seulement les animaux de compagnie n'étaient pas autorisés, mais aussi à cause de la possibilité de triche.

Il était donc venu seul aux qualifications. Comparé à l'effervescence festive de l'événement principal, le concours de création était un événement plus discret qui n’attirait qu'une fraction de la foule. La plupart des participants étaient des amis et des membres de la famille des participants. La vraie foule se montrerait demain, lorsque seuls les huit meilleurs concurrents monteraient sur scène.

« Ves ! Mec, content de te voir ! » Un jeune homme joufflu aux cheveux rouges flamboyants aperçut Ves et s'approcha avec un sourire enjoué. « Mec, on ne s'est pas revu depuis notre diplôme. C'est comme si tu étais tombé dans un trou noir. »

Ves sourit et présenta son poing à son camarade de classe. « Hé, Carlos. J'ai eu quelques problèmes à la maison. Créer son propre atelier est plus difficile qu'il n'y paraît. »

« T’es allé jusqu'au bout ?! Et puis le matériel, comment t’as été capable de te payer les licences ? »

« J'ai eu un peu de chance. » Ves raconta à son ami ce qu'il avait fait au cours des deux derniers mois.

Carlos Shaw regarda Ves avec un œil nouveau. « Wow, j'arrive pas à savoir si tu es un sacré veinard ou non. Seuls les instituts de recherche les plus stupides te donneraient une licence de production pour l’Auguste César. »

« Oui, je me creuse encore la tête pour essayer de le reproduire sans faire faillite. C'est aussi pour cela que je suis ici. Il faut que je trouve un client pour mon premier Mécha, sinon je suis dans la merde. »

« J'envie ton indépendance. Tu devrais voir ce que je fais pour vivre aujourd'hui. Mon père m'a mis en contact avec le service de contrôle de qualité d'un vendeur, à Bentheim. »

Carlos suivait le chemin de nombreux autres créateurs diplômés de Rittersberg. Ils commençaient au bas de l'échelle dans de grandes entreprises. Comme beaucoup d'autres, l'emploi actuel de Carlos n'avait rien à voir avec la création, de quelque manière que ce soit. La seule chose qu'on lui demandait était de tester les Méchas importés par l'entreprise et de noter les pièces défectueuses.

Carlos était peut-être un créateur de Méchas moyen, mais avec ce qu'il avait appris à l'université, il était simplement un technicien surqualifié. En fait, tout créateur de méchas qui n'avait pas étudié dans l'une des universités renommées d'un État humain de seconde zone pouvait oublier d'entrer dans ce monde sélectif et restreint.

L'état pathétique de cette industrie dans la République Brillante était peut-être la principale raison pour laquelle elle organisait ce concours. Le gouvernement voulait stimuler l'industrie nationale, ou du moins ne pas devenir trop dépendant des sociétés intergalactiques étrangères.

Ils bavardèrent un peu plus sur ce qu'ils avaient vécu après l'obtention de leur diplôme. Après avoir fait la queue, la sécurité confirma leur identité et leur permit d'entrer dans la salle d'attente des candidats. Une centaine de jeunes étaient déjà assis sur des sièges confortables, ou discutaient avec amis et connaissances.

Ves aperçut quelques autres camarades de classe remarquables, dont la meilleure élève, Patricia Schneider. Ses parents occupaient des postes intermédiaires chez Bosworth. Ça ne semblait pas très impressionnant, mais ça représentait le sommet de l'influence locale au sein de l'énorme entreprise. Avec le bagage de Patricia, elle aurait dû être qualifiée pour étudier dans une université prestigieuse d'un État de seconde zone. Au lieu de cela, elle était restée dans la République Brillante pour fréquenter l'université technologique de Rittersberg, comme les autres habitants pauvres et sans talent.

« A ton avis, quelles sont les chances de Patricia de remporter la première place ? »

« Environ 20 %. » estima Carlos, nonchalamment. « J'ai entendu dire qu'elle avait réussi à attirer l'attention d'un créateur de Méchas expérimenté et qu'elle était devenue son apprentie. Je ne sais pas qui c'est, mais c'est ce qu’on m’a dit. Ils disent même que ce créateur aurait donné des cours particuliers à Patricia pendant ses études à l'université. »

« Pas étonnant qu'elle ait réussi à obtenir des notes parfaites à chaque examen théorique. »

« Oui, heureusement qu'elle n'est pas aussi douée en travaux pratiques, sinon elle n’aurait pas autant de chances. »

Se frottant le menton, Ves se détourna de Patricia et regarda quelques autres candidats. Quelques-uns d'entre eux se tenaient le torse droit dans une posture plus confiante, très différente de celle d'un étudiant local. Ils respiraient pratiquement le même niveau de supériorité que les pilotes !

« J'ai repéré au moins sept participants qui ont étudié à l'étranger dans une université d'élite. » dit Carlos, qui connaissait bien mieux les gens avec qui il avait étudié à Rittersberg. « Je ne sais pas qui sont la plupart d'entre eux, mais je reconnais ce salaud d'Edwin McKinney. »

Le jeune homme en question se tenait devant une foule d'admirateurs. Son visage respirait autant la supériorité que toutes les autres élites de la salle réunies.

« Quel est son parcours ? »

« Il a fréquenté une université dans le Nouvel Empire de Rubarth. Je ne sais pas comment elle s'appelle, mais c'est Rubarthien, alors on s'en fout. Même si ce n'est pas l'une des institutions d'élite d'Estelon, il se vante de son prestige dès qu'il le peut. Il se prend pour un gentleman éclairé qui nous apporte la civilisation, à nous les sauvages. »

Bien que cela semblait moche, l'attention n'était pas injustifiée. Même Ves avait envie de demander à Edwin ce qu'il pensait des derniers développements en matière de Méchas. Étudier la créations dans une université au hasard du Nouvel Empire était totalement différent que d'étudier dans un pays reculé comme la République Brillante, et ce pour le même diplôme. Même les Méchas les plus bas de gamme étaient au moins de deux générations supérieurs. Des technologies avancées qui semblaient fantaisistes à Ves étaient monnaie courante dans ces puissantes nations de premier ordre.

Ves regrettait un peu de ne pas avoir étudié plus dur pendant son adolescence. S'il avait travaillé dur et obtenu de meilleurs résultats à l'époque, il aurait peut-être eu la possibilité d'intégrer une institution d'élite dans un État de second ou de premier rang.

« Nous vivons dans des mondes différents. Ça ne sert à rien de le fréquenter. Tu ferais mieux de te concentrer sur ta propre carrière. » conseilla Ves, bien que la véritable raison de son attitude nonchalante était qu'il pouvait compter sur le Système pour vaincre ces rivaux à l'avenir. C'était un avantage qu'il était certain que même les meilleurs jeunes créateurs ne possédaient pas. Grâce à sa puissance, il avait une réelle chance d'atteindre le sommet. Tout ce qu'il fallait, c'était du temps.

« Mesdames et messieurs, veuillez accueillir les meilleurs et les plus brillants de la République ! »

Un préposé fit signe aux candidats de sortir de la salle d'attente. Ils arrivèrent devant un podium où se trouvaient les 150 candidats. Ils s’inclinèrent devant une foule de visages familiers et inconnus.

Le présentateur était un homme aux cheveux argentés et à la voix robuste, probablement un autre vétéran du Corps de Méchas. « Comme vous pouvez le constater, il serait trop extravagant d'attribuer un atelier personnel et un quota de pièces à chaque concurrent. Avec l'aide des projecteurs holographiques du centre de convention, nous pouvons néanmoins économiser de l'espace et des ressources en menant les qualifications dans une réalité virtuelle d'un réalisme sans pareille mesure. »

Quelques gémissements s’échappèrent des lèvres des candidats. Ils voulaient tous jouer avec de vraies pièces, et ils avaient espéré que cette fois-ci serait différente.

« Comme l'année dernière, nous souhaitons proposer à nos jeunes créateurs le défi de concevoir et d'assembler un Mécha fonctionnel à partir de pièces présélectionnées. Faire fonctionner un Mécha n'est pas un défi, mais il faut des compétences et du talent pour créer le meilleur à partir de pièces sous-optimales. Votre tâche consistera à créer un Mécha qui sera testé sur un terrain standard de 10 kilomètres. Vos Méchas seront tous testés par Hans ici présent, »

Un autre pilote vétéran faisait un signe de la main sur le côté.

« -qui est un professionnel strict et qui traitera toutes les créations de la même manière. Des questions ? »

« Combien de temps on aura ? »

« Douze heures, à partir du début des qualifications. »

« Y a-t-il des limites de poids et d'armement ? »

Le présentateur sourit. « Imaginez le Mécha que vous voulez. Nous n'imposons aucune limite, tant qu'il correspond à la définition d'un Mécha. Vous voulez mettre quatre bras ? Très bien. Vous voulez en dessiner un avec le torse à l'envers ? N'hésitez pas à le faire. Nous avons fait appel à Hans parce qu'il est polyvalent. Il peut piloter des Méchas légers, moyens et lourds avec le même talent. Il a également beaucoup d'expérience dans le pilotage des modèles d'animaux les plus populaires. Il peut tuer le même nombre d'ennemis, que ce soit à mains nues ou avec un fusil entre les mains. »

« C'est une IA ? »

Cette question suscita quelques rires de la part des personnes présentes.

« Je peux vous garantir qu'il est à 100% humain. »

Voilà qui rassurait Ves. Son seul avantage par rapport aux autres candidats était sa capacité à concentrer le Facteur X dans un Mécha. Si son produit fini était testé par une intelligence artificielle, il doutait sérieusement que le logiciel sans vie remarquerait la différence.

« Très bien, s'il n'y a plus de questions, veuillez prendre place dans les zones désignées. Si vous ne possédez pas d'implant tactile, veuillez porter les gants fournis afin de pouvoir déplacer les projections holographiques. »

La plupart des créateurs avaient implanté dans leur corps des technologies qui leur permettaient de toucher les hologrammes comme si c’était de vrais objets. Cela ne permettait pas de transmettre le poids des objets, mais cela fonctionnait suffisamment bien pour les besoins actuels.

« A vos marques. Prêt ? C’est parti ! »

Les espaces vides devant chaque participant se mirent à scintiller tandis qu'une pile miniature de pièces holographiques et d'armatures s'accumulait dans leur champ de vision. On aurait dit que quelqu'un avait pris un tas de pièces au hasard dans une casse pour la placer aux yeux de tout le monde. La seule chose qui le distinguait d'un bric-à-brac était que les pièces semblaient neuves et inutilisées, et que chaque participant allait travailler avec les mêmes pièces. Lorsque Ves approchait ses doigts d'un réacteur électrique pour le toucher, le composant s'agrandit jusqu'à atteindre ses vraies proportions.

« C'est ainsi qu'ils économisent de l'espace. »

Il était logique de réduire les pièces inutilisées. Sinon, la salle n'aurait plus assez d'espace pour accueillir 150 participants, s'ils travaillaient tous sur des composants à taille réelle. Ves regarda autour de lui pour voir comment les autres se débrouillaient avec ce défi. La plupart d'entre eux regardèrent le tas de ferraille et se sentirent brièvement dépassés. Carlos se gratta la tête en examinant lentement les options qui s'offraient à lui. Patricia Schneider choisit immédiatement une structure interne humanoïde assez standard, et commença à trier les différents composants à ajouter à son nouveau Mécha.

Quant à Edwin McKinney, la jeune élite choisit une direction audacieuse pour son Mécha. Il avait choisi d'associer un Mécha léger en forme d'aigle à un système de vol robuste. Une telle combinaison donnerait un appareil volant qui serait entre les Méchas légers et moyens, ce qui n’était pas forcément une bonne chose. Ves se doutait qu'Edwin lui réservait quelques surprises.

En ce qui concernait sa propre création, il jeta un bref coup d'œil aux composants disponibles. La plupart des pièces semblaient obsolètes, datant de deux à quatre générations. Dans Iron Spirit, ces pièces étaient considérées comme 3 ou 4 Étoiles, quelque peu avancées pour les créateurs de Méchas novices, mais pas au point de les submerger, s'ils s'en tenaient aux pièces les plus simples. Les pièces standards étaient toutes à sa portée.

Au lieu de commencer à choisir les pièces qu'il préférait, Ves adopta une approche différente. Il étudia Hans, le pilote d'essai du concours, et réfléchit à la description qu'en avait faite le présentateur. Si Ves voulait sortir des qualifications, il devait utiliser ses points forts, ce qui impliquait d'intégrer le Facteur X dans sa création.

C'est un risque, si j'opte pour cette voie. Si je me laisse guider par mes émotions plutôt que par la logique, je ne ferai pas les meilleurs choix. D'autres Méchas auront de meilleures caractéristiques que le mien.

Mais qu'importe si sa machine était moins performante que les autres de 5 % ou plus ? Seuls les Méchas les plus performants étaient retenus. Peu importe le nombre bras, ou la forme du Mécha, si Hans ne l’utilisait pas à son plein potentiel, c’est que c’était un produit raté. Le Mécha devait correspondre au pilote, pas aux préférences du créateur.

Quel est le type de mécha que Hans préfère piloter ?

Dommage que Ves n'ait pas été autorisé à accéder au réseau pendant cette compétition. Il n'avait que le bref récit du présentateur pour deviner. Quelle était la plus grande force de ce pilote ?

Sa polyvalence.

Hans pouvait piloter presque tous les Méchas sur le marché. Cela demandait beaucoup d'entraînement. Cet homme avait consacré une grande partie de sa carrière à apprendre à piloter de nombreux types de Méchas différents. Il s’était entraîné à renforcer ses compétences en matière d'armes de mêlée et d'armes à distance jusqu'à ce qu'il puisse passer de l’un à l’autre sans que cela n'affecte sa force de frappe.

C’était peut-être une coïncidence, mais Ves pensait qu'un Mécha comme le Marc-Antoine convenait parfaitement à Hans. Le Mécha moyen offrait une flexibilité maximale, qui permettrait à Hans d'esquiver les attaques qu'il pouvait esquiver et d'encaisser celles qu'il pouvait supporter. Avec une masse et un bouclier, Hans pouvait mettre en pièces n'importe quel machine, à l'exception des Chevaliers lourds, et avec ses canons laser montés au poignet, il pouvait abattre n'importe qui à moyenne distance. Le manque d'endurance ne serait pas un gros problème, étant donné que le Mécha n’aurait à traverser qu'un court mais intensif terrain de 10 kilomètres.

Il n'y a pas besoin de chercher un extrême en particulier. Si j'ai la possibilité d'utiliser ma familiarité à mon avantage, je dois la saisir. Il n'y a pas de honte à utiliser un modèle que je connais bien comme référence. Tant que mon modèle peut faire l'affaire, Hans pourra marcher 10km avec.

Ves s'avança enfin et choisit quelques composants prometteurs, mais aussi adaptés. Il imagina le Mécha qu'il avait en tête pour un pilote possédant un large éventail de compétences.

Tout d'abord, le Mécha doit être moyen, afin de conserver sa flexibilité. Le Mécha doit pouvoir voler, mais les ailes n'ont pas besoin d'être solides. Le vol n'est qu'un moyen de parvenir à ses fins. Ensuite, il faut équilibrer les options offensives en mêlée et à distance.

Ce que Ves imaginait que Hans préférait piloter, c'était un modèle de travail. Il ne devait pas être trop sophistiqué, et il n'avait pas besoin de tout un tas de gadgets. Le modèle devait faire son travail, et rien de plus. À travers cette réflexion, Ves imagina que les organisateurs du concours impliquaient bien plus que ce qu'ils révélaient en surface.

« Ils nous ont présenté une pile de pièces, dont certaines sont plus avancées que ce que nous devrions savoir faire. » Ves secoua la tête et jeta un coup d'œil à ses collègues, qui semblaient s'extasier devant les possibilités qui s'offraient à eux. C'est en fait un piège subtil. Si nous nous laissons aller à forcer un composant avancé dans un modèle inadapté, Hans ne pourra pas être aussi performant et ne pourra pas tenir la distance.

Ves se sentit un peu plus confiant. Alors que Patricia et Edwin restaient des concurrents supérieurs, il pensait avoir une chance d'atteindre le bas du top 8.

Voyons si je peux recréer une version plus ergonomique du Marc-Antoine, avec ces pièces.