Chapitre n° 23 - Vente



Traducteur/Checker : SP76

Lorsque Ves se connecta à Iron Spirit, il visita la section d'assistance afin d'enregistrer une licence virtuelle gratuite. Le jeu demandait beaucoup de crédits pour la licence virtuelle du blindage Marlin Solutions 1004-HRF de 5e Génération. En considérant que n'importe qui pouvait gagner sa vie en concevant et en vendant ne serait-ce qu'un Mécha à peu près décent, les prix n’étaient pas déraisonnables.

L'équipe traita rapidement sa demande. Ves l’avait déjà fait, ils possédaient donc encore toutes ses informations. Après avoir confirmé qu'il possédait une licence de production authentique pour l'armure, il reçut l’approbation une demi-heure plus tard. Une fois les formalités administratives terminées, il chargea le fichier de conception du Marc-Antoine dans l'atelier virtuel.

« Au boulot. »

Encore motivé par son évaluation précédente, Ves n'eut aucun mal à se mettre dans le bain. Le Marc-Antoine incarnait la passion agressive, alors pour garder son Facteur X intact, Ves entra dans un état de légère frénésie.

Avec l'aide de ses compétences en matière d'assemblage, beaucoup plus complètes, il fit fonctionner son imprimante 3D avec ardeur. Les pièces sortaient de l'imprimante comme si c’était du papier. Ce n'est pas comme si ses compétences en matière d'utilisation de l'imprimante 3D s'étaient améliorées de façon remarquable. Cette aisance accrue était la preuve que sa base de connaissances s’était élargie. Il savait mieux comment régler l'imprimante de manière à réduire les problèmes lors de la fabrication d'un composant particulier.

Les plaques rigides devaient être traitées différemment des capteurs délicats. La chaleur affectait davantage une procédure, tandis qu'un autre processus de fabrication ne pouvait se dérouler correctement que s’il n’y avait plus de vibrations. Tous ces détails insignifiants que Ves avait négligé lui revenaient en tête. La facilité avec laquelle il appliquait ces connaissances l'impressionnait, preuve une fois de plus du pouvoir du Système.

Naturellement, tous les éléments n'étaient pas parfaits. La connaissance ne se traduisait pas nécessairement par une meilleure utilisation des outils. C'était comme apprendre à jouer du piano en étudiant un livre. Au moins, les plaques s’enlevaient sans problème. La fabrication du HRF nécessitait beaucoup de travail, mais il n’avait fallu que du temps et des ressources considérables. En tant qu'armure de production de masse, elle avait été développée de manière à faciliter sa production en masse. Fabriquer un ensemble de plaques pour son Mécha était facile.

Ves se dirigea vers l'assembleur pour s’atteler à la dernière tâche. De l'armature interne aux composants, en passant par la musculature artificielle, les câbles et les tuyaux, il bloqua les derniers morceaux d’armure aux endroits prévus. Ses compétences en terme d'assemblage lui avaient permis d'optimiser l'ordre dans lequel il assemblait le tout, évitant ainsi quelques difficultés liées à un espacement inapproprié. Le fait de travailler avec des pièces ne présentant pas de défauts majeurs facilitait également le processus.

Honnêtement, la fabrication pouvait encore être amélioré. Grâce à l'expérience acquise avec l’Auguste César, Ves était certain de ne pas se tromper s'il devait fabriquer le Marc-Antoine dans son atelier de l'univers réel.

Sa plus grande difficulté fut de maintenir l'intention appropriée pendant la fabrication du Mécha. Malgré tous ses efforts, il lui avait fallu plus d'une journée de travail pour terminer le Mécha, et il lui avait été impossible de conserver les mêmes émotions tout au long de l’assemblage. Il faisait de brèves pauses chaque fois qu'il le pouvait, mais les contraintes de temps l'incitaient à continuer à travailler.

Il s’était presque effondré lorsque son atelier virtuel finissait de tester le Mécha. Lucky quitta son canapé et frotta sa tête contre le corps de Ves avec inquiétude.

« Haha, je vais bien, mon pote. »

Iron spirit ne trouvait aucun défaut à son Mécha. Seules des erreurs mineures entachaient ses performances, mais elles n’avaient eu qu'un impact mineur. Dans tous les autres domaines, les spécifications étaient conformes aux attentes.

« Maintenant, je dois fixer le prix. »

La question du prix est un art subjectif et délicat. L’auguste César AC-1 se vendait par défaut à 50 000 crédits brillants. Comme Ves l’avait déjà construit 1 lui-même, il savait que le jeu fixait le coût des "matières premières" du modèle de base à 40 000 crédits. Sans tenir compte du coût de la main-d'œuvre et du temps passé à produire le modèle, Ves pouvait s'attendre à un bénéfice de 10 000 crédits par vente juste pour avoir produit le modèle de base.

Le Marc-Antoine coûtait beaucoup moins cher à produire. Iron Spirit n'avait facturé à Ves que 18 000 crédits pour les matières premières. Il devait remercier le blindage HRF pour cela. Cette réduction n’était pas totalement conforme à la réalité, mais c'était parce que les frais associés aux licences restaient fixes. Même si Ves avait remplacé tous les composants du Auguste César par du papier et du bois de récupération, il aurait quand même dû payer plusieurs milliers de crédits au minimum.

La performance du Auguste César n’était supérieure à celle du Marc-Antoine que d'environ 35 %. Si Ves voulait fixer un prix basé uniquement sur la valeur utilitaire, il fixerait le prix du crédit à environ 29 000 crédits. Cela donnait à Ves un bénéfice de 11 000 crédits, une amélioration significative, venant d’un variant moins chère et plus rapide à produire que le modèle de base.

Mais la vie n’était pas toute en rose. Tous les Méchas n’étaient pas été vendus avec des crédits. Beaucoup de joueurs dépensaient leur or en jeu pour acheter les Méchas virtuels. Le taux de change entre l'or et les crédits n’était jamais fixe, les joueurs ayant certains privilèges pouvant acheter de l'or pour des crédits, mais pas l'inverse. La BSBH Corporation ne voulait pas perdre d'argent. Cela signifiait également que les créateurs de Méchas comme Ves ne pouvaient pas gagner de vrais crédits lorsque les joueurs achetaient l'un de ses modèles avec de l'or.

« Putain de salauds avides. Avec les revenus astronomiques qu'ils engrangent chaque année, ils pourraient épargner les 0,01 % d'argent qu'ils gagnent pour rémunérer les créateurs qui se tuent à la tâche dans leurs ateliers virtuels. »

Ves pouvait désactiver les prix en or s'il le souhaitait. C’était d'ailleurs ce que faisaient de nombreux créateurs d'élite. Ces créateurs renommés produisaient de grandes œuvres qui se vendaient bien, même si les joueurs devaient débourser de vrais crédits pour leur travail. Ves n'avait ni renommée ni réputation, personne n’allait dépenser de vrai argent pour acheter ses produits.

« À deux semaines du début de l'Exposition des Jeunes Tigres, je n'ai pas le temps de faire de la publicité pour mon Mécha. Je vais simplement fixer un prix raisonnable pour maintenir les ventes. »

[AC-1C Marc-Antoine]

[Niveau : 5 Étoiles]

[Modèle de base : Auguste César AC-1]

[Prix d’achat : 425 000 or (-50%)]

[Prix premium : 25 000 crédits brillants]

Le prix en jeu de 425 000 or était une véritable aubaine pour un Mécha aussi performant. Cependant, même si la version artisanale était vendue, les modèles de production de masse automatisés restaient encore dans les limites de la tolérance, à 850 000 pièces d'or. Malheureusement, Ves n'était pas certain que le Facteur X fonctionnerait encore si le jeu prenait en charge la production.

« Cela introduira un maillon faible entre la trinité du créateur, du Mécha, et du pilote. L'intention d'une machine froide chargée de produire des Méchas polluera les émotions que j'ai investies dans la modélisation. »

Peut-être que l'impressionnante note de C- attribuée par le système pour le Facteur X pouvait être rétrogradée à D ou E. « Elle ne baissera probablement pas plus. Mon intention est si fortement ancrée dans ses contours qu'une partie de celle-ci restera probablement en place même si les robots les plus insensibles travaillaient sur mon design. »

Et d'après ce qu'il comprenait, le jeu serait stupide de simuler un processus aussi fastidieux. Iron Spirit se contentait de copier le design artisanal du créateur du Mécha, de réduire un peu les spécifications, et d'afficher un prix en or doublé pour ses efforts. Dans ce cas, le Facteur X devrait conserver une grande partie de sa puissance.

« Du moins, je l'espère. Le Facteur X ne peut pas être mesuré, et je ne suis pas encore tout à fait certain qu'il puisse s'exprimer dans un jeu virtuel. »

Ves prévoyait de se renseigner plus tard, lorsque le Mécha serait vendue. Il se connecta au réseau pour faire son marketing habituel. Il laissa des messages sur les tableaux d'affichage et les communautés en ligne. Avec un peu de chance, le Mécha serait suffisamment exposé pour que quelqu'un réalise fasse sa première vente.

« Tout ce que je peux faire maintenant, c'est attendre. »

Il vérifia ses dépenses et constata qu'il pouvait se permettre de fabriquer un deuxième Marc-Antoine. N'ayant rien de mieux à faire pendant les deux semaines suivantes, il se plongea à nouveau dans l'atelier virtuel pour fabriquer à la main un autre Mécha.

« Je vais avoir besoin de toute la pratique possible. Plus je construirai de modèles, mieux je pourrai construire la version réelle du Marc-Antoine. »

Se planter dans le monde virtuel n'entraînait que quelques centaines de crédits de dégâts. Dans le monde réel, une erreur pouvait entraîner une perte d'un million de crédits, au mieux. Il ne pouvait pas se permettre de se faire piéger par les parties les plus difficiles du processus de fabrication.

Pendant ce temps, à des années-lumière de Cumulonimbia, Ark Larkinson était assis à son bureau, traitant la paperasse de la journée. Son communicateur s'alluma lorsqu'il reçut un appel.

« Bonjour oncle Ark. »

« Melinda. » L'homme sourit, abandonnant son expression dure, maintenant qu'il parlait à l'une de ses nièces préférées. « Si tu m'appelles alors que je suis encore en service, c’est que tu veux me dire quelque chose qui ne peut pas attendre. »

« En effet. Tu es au courant pour Ves, n'est-ce pas ? Qu'il a récemment reçu quelques licences de production de Dieu sait où ? »

Ark fronça les sourcils à cette mention. La soi-disant Future Sons IT était dirigée par des gens dont il n'avait jamais entendu parler, recevait des dons de sociétés écrans, et n'offrait aucun moyen de postuler à ses subventions. Pour autant que les Larkinson ne le sachent, cette société était une couverture pour l'influence d’un 3e groupe. La question était de savoir qui. Les Vésiens ? Les Néo-Rubarthiens ? Les Terriens ? Ark écarta ces options de son esprit. Ves était trop insignifiant pour être manipulé.

« Nous sommes toujours en train d'étudier cette organisation. Les Néo-Rubarthiens peuvent être assez sombres sur les sociétés. »

« Ils mènent tellement de complots entre eux que la comptabilité a atteint ce niveau. » Melinda sourit, ne s'inquiétant pas vraiment de ce qui se passait avec Ves. « Le gamin va bien. Les licences de production sont à son nom, donc cet institut ne peut pas les lui retirer maintenant. »

« Discutions de tout cela plus tard. Ce n’était pas pour me parler de ça que tu m’as appelé, pas vrai ? »

Le sourire de la femme s'élargit. « Ves a enfin réussi. Il vient de sortir un Mécha digne de pouvoir être considéré comme étant un vrai premier Mécha. »

« Il travaillait à la modification du Auguste César, non ? Ce n'est pas facile à faire. Cela ne fait qu'un mois qu'il a reçu la licence de production de ce Mécha. Quand j'ai vérifié ses progrès, tout ce qu'il avait publié, c’était de smodèles avec peu de modifications. »

« Cette fois, c'est différent. Il a réussi à intégrer le blindage HRF. »

« C'est... plus rapide que ce à quoi nous nous attendions. » répondit Ark, les sourcils froncés. « Les techniciens que j'ai consultés au dépôt m'ont dit qu'il n'était pas simple de remplacer entièrement l'armure d'un Mécha. »

Bien qu'il n'ait pas le bagage technique nécessaire pour comprendre en détails la conception d'un Mécha, en tant que commandant vétéran, il en avait quand même quelques notions de base. S'il était si facile de remplacer les blindages entre Mécha, le marché serait inondé d’une floppé de Méchas similaires.

En réalité, n'importe quel créateur expérimenté pouvait faire la même chose, mais par fierté, ce n’était pas quelque chose que l’on faisait pour s’amuser. Ils préféraient travailler sur leurs propres projets, afin d'éviter de perdre une grande partie de leurs revenus en payant des droits de licence.

Melinda fit glisser sa main, et son communicateur envoya un document. « Tu devrais regarder le modèle et la fiche technique. C'est un travail exceptionnel pour un créateur aussi jeune que Ves. »

« Il force mon respect. » acquiesça Ark, tandis que ses yeux balayaient la fiche technique d'un regard éclair. « C'est dommage, ce qui est arrivé à Ryncol, mais cette responsabilité soudaine a fait beaucoup de bien au garçon. »

« Boohoo, notre petit Ves a grandi. Il ne veut plus faire de câlins à sa grande sœur Melinda. » Melinda se moquait en pleurant avec de fausses larmes. Puis elle se remit à sourire. « Bref, mon oncle, je peux emprunter quelques crédits à la famille ? J'ai dépensé tout mon salaire dans de nouvelles installations, alors je ne peux pas faire un tour du Mécha de mon petit cousin. Et tu sais que je ne joue pas souvent à Iron Spirit, alors je n'ai pas assez d'or pour l’acheter. »

« Ne t’inquiète pas pour ça. Ton oncle Kantor a acheté tous les Méchas que ce garçon nous a sortis dans le jeu pour nous donner ses impressions. »

« Oui, mais cette fois, ce n'est pas l'un des entraînement de Ves. C’est un Mécha que Vers compte construire et vendre dans la réalité. » Melinda serrait les poings. « Je pense que nous nous devons, en tant que sa famille, d'encourager ses ventes. »

« Ton grand-père a été très clair à ce sujet, Melinda. La famille n’achètera qu’un seul modèle à la fois, et ce purement à des fins de test. »

« Alors donne-moi au moins les crédits pour jouer, Je veux tester ce nouveau Mécha. Je peux faire le travail tout aussi bien qu'oncle Kantor. »

« Il ne sera pas content. »

« Alors il n’aura qu’à acheter le Mécha avec son propre argent. »

Les deux Larkinson se dévisagent par l'intermédiaire du communicateur, dont les signaux s’envoyaient directement, même à plusieurs systèmes solaires de différence. « Bon d’accord. Tu auras les crédits. Mais je veux un rapport documenté professionnel. N'essaye pas d'orienter les choses dans son sens. »

« Bien sûr, je sais comment faire mon travail. »

Ark fit glisser ses mains, ouvrant un petit menu. Après avoir regardé ses banques, il se prépara à envoyer de l'argent à Melinda. « Combien de crédits ? »

« Seulement 25 000 crédits brillants. C'est beaucoup moins cher que son Néron. »

« C’est en effet bien plus abordable, pour un variant de l’Auguste César. »

Après avoir envoyé les crédits, Melinda le salua rapidement, laissant Ark seul dans son bureau, avec un terminal plein de rapports à signer. Il reprit la lecture du dernier rapport, une mise à jour des renseignements qui faisait état de la présence d'inconnus près de la frontière du pays, de la race extraterrestre appelée Basilisks.

En tant que commandant du Corps de Méchas de la République Brillante, il en savait plus sur ce qui traversait ce secteur stellaire depuis quelques années. Des explorateurs, des mercenaires et des pirates n’arrêtaient pas de s’approcher des frontières d'une race extraterrestre avec laquelle ils ne devraient pas avoir affaire. Cela sentait l'ingérence d'une 3e groupe dans leur secteur stellaire.

Non pas qu'ils trouveraient des preuves, et même s'ils en trouvaient, et alors ? À moins qu'il ne s'agisse du Royaume de Vesia ou d'un autre État de troisième rang, la République Brillante ne pouvait pas se permettre d'affronter les plus grandes puissances.

« Le malheur d’être un petit pays. » Ark sourit avec dépit. Les problèmes concernant Ves faisaient pâle figure par rapport à ce qu’il devait gérer au quotidien.